Sophie Duhaime

Je ne nomme Sophie et je suis âgée de 23 ans. Je suis née à Drummondville d'une mère que je qualifie d'extraordinaire. J'étais le premier bébé d'une famille de trois enfants. J'ai toujours vécu à Drummondville et mon enfance s'est déroulée comme tous les jeunes de mon âge à l'école. Au cours de mon adolescence, j'ai travaillé sur une ferme et mon travail consistait à cueillir des légumes, particulièrement des concombres.

Un jour, au cours de ma seizième année, je suis allée travailler avec mon frère. À mon retour à la maison, vers cinq heures de l'après-midi, j'ai été frappé de plein fouet par un automobiliste. J'étais alors à bicyclette et j'avais omis de faire un arrêt. Mon frère a accouru chez un voisin pour demander des secours rapidement et a également avisé mes parents. Inquiets, mes parents sont arrivés sur les lieux de l'accident en compagnie de mon plus jeune frère. J'étais inconsciente à l'arrivé de l'ambulance qui m'a transportée vers l'hôpital local. Je ne suis demeurée qu'une journée et demie à l'hôpital de Drummondville où j'ai subi une ablation de la rate. On ne m'avais prescrit aucune médication particulière. Vu l'incapacité du personnel hospitalier de la région à me prodiguer les soins nécessaires, j'ai dû être transférée à l'hôpital Sainte-Justine de Montréal.

On m'a rapidement prescrit de la morphine et les dix médecins continuellement à mes côtés luttaient pour assurer ma survie. Ce n'est que six semaines plus tard que je suis finalement sortie du coma. À mon premier regard, j'examinais les lieux que je ne reconnaissais pas, j'ai tout de même aperçu mes grands-parents. Les membres de mon corps ne répondaient plus et aucun son ne sortait de ma bouche malgré mes efforts. Je ressentais une grande douleur intérieure, je cherchais les bras de ma mère pour y trouver son réconfort, mais en vain. Sa mère venait de décéder et je ne pouvais la voir ce jour là… La colère m'envahissait, entraînant la révolte. J'aurais voulu crier cette frustration profonde, mais c'était impossible.

J'ai donc dû l'apprivoiser et après quelques jours de récupération, j'ai débuté la physiothérapie. Après six semaines de physiothérapie, je pouvais me tenir debout et m'admirer dans un miroir posé là par ma physiothérapeute; ma nouvelle position debout, enfin!

Par la suite, l'hôpital Sainte-Justine a pris la décision d'effectuer mon transfert vers l'hôpital Marie-Enfant, une institution plus qualifiée dans la réadaptation située à Montréal. Le temps qui s'écoulait me permettait de réaliser la réalité de mon état physique et des efforts qu'il me faudrait déployer pour arriver à des résultats positifs. J'était heureuse de pouvoir bénéficier d'un hôpital plus qualifié en réadaptation. Je pensais pouvoir remarcher, mais malheureusement, ce ne fut pas le cas tout de suite. Je me disputais avec la physiothérapeute. Je refusais les infirmières, en fait, je n'acceptais plus rien. Je perdais le goût de vivre et la confiance en moi. Heureusement, ma mère était là: sans elle, je ne sais pas ce que je serais devenue. Après sept mois d'hospitalisation, nous avons décidé d'en finir avec les hôpitaux et de revenir à Drummondville.

Par la suite, j'ai été traitée dans un centre de réadaptation externe. J'ai aussi repris mes études à l'école Marie-Rivier de Drummondville pour y compléter mon secondaire IV , mais je n'ai réussi que mes mathématiques. L'année suivante, j'ai étudié à l'éducation aux adultes où j'ai complètement perdu mon temps. Il faut que j'ajoute que le cœur et les idées n'y étaient plus. La motivation ne m'habitait plus. Au cours de cette année-là, j'ai atteint mes dix-huit ans et la Société de l'Assurance Automobile du Québec s'est occupé de moi et m'a octroyé une rente viagère.

Malgré cette consolation, je peux vous affirmer qu'il y a encore beaucoup de colère en moi et qu'encore aujourd'hui, je ne peux dire que j'ai accepté cette situation. Je pense même que dans mon cas, il ne peut y avoir de réelle acceptation, mais je dois apprendre à vivre ainsi. Certes, la vie vécue dans sa petite coquille n'est pas facile à apprivoiser.

J'espère que mon témoignage vous a plu et que j'aurai un jour le plaisir de vous rencontrer.

Sophie Duhaime