Gustave Imbert


Ma vie a débuté sans même que je ne connaisse mes parents. La seule chose que je sais d'eux, c'est que ma mère était serveuse aux tables et mon père cultivateur. J'étais un enfant non désiré. Je suis né à Montréal, plus précisément, à la crèche St-François d'Assise le 11 septembre 1939 à 11 h 30 du matin. Mon berceau portait le numéro 130.

Dès ma naissance, j'ai été placé d'un foyer à l'autre et ce, jusqu'à l'âge de sept ans. Le 30 juin 1946, j'ai été placé à l'orphelinat de Notre-Dame de la merci appelé aussi Huberdeau dans la ville de Ottawa. C'est là que mon calvaire a commencé. J'ai subi des mauvais traitements de toutes sortes; on m'assaillait de coups de bâton, on me frappait sur la tête…. J'étais vraiment maltraité et je porte encore aujourd'hui les cicatrices de tous ces tristes événements. Lorsque la nuit, nous devions satisfaire un besoin naturel, on pouvait attendre très longtemps avant d'avoir la permission de se rendre à la salle de toilettes et pourtant, ceux qui se mouillaient leurs lits étaient sévèrement punis. Ils se retrouvaient à genoux, en rangées bien droites dans les salles de toilettes avec un sac sur la tête et les frères usaient de leur pouvoir afin que les enfants aient honte tant de leur corps nu que des affronts que ceux-ci leur faisaient subir. Tous y passaient, c'était affreux, et nous ressentions toute une gamme d'émotions et de sentiments difficiles à décrire : la honte, la peur, l'humiliation… Tout cela semble incroyable, mais pourtant tout cela et je l'ai bien vécu. Je peux vous dire que j'en ai mouillé des oreillers de mes larmes silencieuses à cet orphelinat.

Les nuits créaient chez moi une crainte indescriptible car à maintes reprises, je subissais de la part d'un frère des sévices sexuels et de plus, celui-ci me menaçait de recommencer encore et encore si je dénonçais ses agissements inacceptables. J'ai également eu connaissance que ce frère en particulier souhaitait faire subir les mêmes sévices à un autre jeune garçon qui refusait de plier à ses exigences. On a appris la mort du jeune garçon, soit-disant d'une crise d'appendicite, mais à mon avis, mes doutes fondés me permette de croire qu'il n'en était rien. Cet événement est resté gravé dans ma mémoire longtemps.

Un jour, je me suis donc décidé de consulter un médecin pour atténuer la douleur que je ressentais toujours. J'avais besoin d'aide et un psychiatre avec l'appui d'une médication m'a grandement aidé.

Aujourd'hui, j'ai l'âme en peine et mon plus grand souhait serait de mener une vie normale, mais ce n'est pas facile de se dévoiler et de ramener à la surface toutes ces années d'angoisse. J'ai eu bien de la difficulté à m'adapter à la vie et du fait que je suis aussi malentendant, mon apprentissage s'avère plus lent. J'ai beaucoup d'intérêt maintenant à suivre le développement des enfants de Duplessis. Nous tenons à mettre à jour la vérité sur ce qui s'est passé réellement dans cet orphelinat et nous souhaitons obtenir un pardon des autorités religieuses ainsi qu'une compensation pour le mal que nous avons dû subir.


L'orphelinat de Notre-Dame de la merci
appelé aussi Huberdeau dans la ville de Ottawa.

Je remercie Dieu aujourd'hui d'être sorti de cet enfer car plusieurs des enfants de Duplessis ont connu un véritable calvaire. Ce que j'aimerais en ce temps des fêtes, c'est que chacun ait une bonne prière pour tous les orphelins d'aujourd'hui qui n'ont pas connu la chance d'avoir des parents pour les aimer, les soutenir, ou plus encore…

Je vous remercie d'avoir pris le temps de lire mon témoignage et je vous offre mes salutations les plus sincères.

Gustave Imbert