Thérèse Blais

Bonjour,

Je m’appelle Thérèse Blais et je vous présente un court récit de ma vie. Je suis née le 23 mars 1934, ma mère voulait un garçon. Surprise! C’était une petite fille blonde avec des cheveux bouclés. Étant toute jeune, mes parents se sont séparés, c’est alors que j’ai été élevé avec ma grand-mère, une femme solitaire et quelque peu austère. Je suis devenue par la force des choses, en grandissant, une personne solitaire et craintive. J’ai par contre appris à aimer la musique. À trois ans, je chantais et une planche à laver me servait d’accompagnement. Quelle chance, ils ont les enfants d’aujourd’hui qui peuvent obtenir tous les outils nécessaires pour exprimer leurs talents. J’aimais aussi faire de la couture pour mes poupées.

Diagnostique

Je me suis mariée à 18 ans et cela a duré 13 ans. Après avoir vécu de nombreuses épreuves et une dépression, j’ai suivi plusieurs cours pour m’aider à m’outiller. Après avoir surmonté ces épreuves et avoir trouvé la quête de mon bien être intérieur, j’ai perdu du jour au lendemain un garçon de 18 ans (Denis) et un autre de 19 ans (Lucien). J’ai appris que les enfants nous sont seulement prêtés et qu’on n’en profite jamais assez. Il me reste six enfants, nous avons surmonté ces malheurs moi et ma famille en vivant un jour à la fois. Denis allait à l’école avec Daniel Mailhot (directeur de l’Association). Ils étaient ensemble dans les mêmes cours et ils étudiaient la mécanique automobile. Ils étaient amis et quand je vois Daniel, c’est comme si je voyais un peu de mon garçon. Je tiens par le fait même à féliciter Daniel pour son courage, c’est un homme avec un bon sens des valeurs. J’ai élevé mes huit enfants seule et du mieux que je pouvais et je me suis entourée de bonnes personnes.

Je suis diplômé en médecine naturelle et je m’intéresse à l’alimentation. J’aime également beaucoup la nature et les animaux.

À quarante ans, j’ai produit un 45 tours et j’ai fait de la musique dans des résidences pour personnes âgées. J’ai aussi fait de la musique avec ma fille Madeleine et des musiciens. J’ai fait aussi beaucoup de bénévolat dans des organismes et à l’hôpital où je garde un très bon souvenir de tout ce temps passé.

Épreuve

Plus le temps passait et plus je m’apercevais que quelque chose n’allait pas avec ma vision. J’ai commencé par m’excuser auprès des bornes-fontaines, puis, je tombais en bas des trottoirs, j’arrivais face à face avec des personnes ou je les bousculais. Je conduisais mon auto en me demandant si je devais déclarer mon handicap ou me ramasser avec un poids sur la conscience. C’est alors que j’ai déclaré mon handicap visuel et que par le fait même, j’ai perdu immédiatement mon permis de conduire et beaucoup d’autonomie. J’ai donc eu à apprendre à vivre avec tous ces inconvénients. Le pire dans tout ça, c’est que mon handicap visuel n’est pas trop perceptible à première vue. Ce qui n’aide pas nécessairement ma situation, car je suis obligé de me justifier auprès des autres. Ces personnes ne savent pas les efforts que je mets pour me souvenir et apercevoir les obstacles possibles.

Ma vision est de 1 % dans l’oeil gauche et de 13 % dans celui de droite. Cet été, j’ai été en voyage et pour la première fois, j’ai porté mes lunettes de semi-voyante et une identification de « basse vision » que je portais dans le cou.

Un jour en revenant chez moi, deux garçons d’environs 12 ans me regardaient venir vers eux avec ma canne blanche. Lorsque j’ai passé au côté d’eux, il y en a un qui m’a crié dans les oreilles. Après cela, il m’a crié « la canne ! la canne ! » tout au long de mon parcours pour me rendre au bout de la rue. Je me suis sentie dévalorisée et je n’ai vraiment pas aimé cette situation.

Remerciement

Je suis heureuse de faire partie de l’Association des personnes handicapées de Drummond (APHD) et je vous aime beaucoup. Je tiens aussi à féliciter le Transport Diligence et en particulier Marie-Pier qui me parle toujours avec douceur ainsi que les chauffeurs qui prennent le temps de nous aider dans des périodes difficiles.

Je remercie l’APHD pour leur initiative d’avoir engagée une personne pour effectuer les travaux lourds à domicile. Vous ne savez pas à quel point ce service m’aide. Je finis ce récit en vous souhaitant de la santé et du bonheur en abondance. Je suis rendu à 70 ans et j’espère profiter de la vie le mieux possible tout en m’entourant de bonnes personnes pour vivre ma vie en pleine harmonie.


Thérèse Blais