Carmen Dugré

FEMME DE DÉFI

Bonjour à tous et à toutes,

Je m’appelle Marie-Carmen Dugré. Je suis née à Drummondville en 1945. Depuis ma plus tendre enfance, je dois vivre avec une santé précaire. Asthmatique, bronchite à répétition, il me fallait porter des vêtements de laine même en plein été.

À 13 ans, j’ai arrêté mes études pour aider ma famille. Comme je voulais tout savoir, tout connaître, j’ai compensé l’arrêt de mes études par la lecture et la radio. À cet âge, un terrible malheur s’est abattu sur moi. J’ai été frappée par une moto, ce qui entraîna des séquelles permanentes à ma hanche gauche de même qu’à ma jambe du même côté.

Malgré une fragilité au niveau de ma capacité physique, j’ai travaillé pendant 36 ans en restauration. J’adorais ce métier. Être avec le public me comblait de bonheur. J’ai également fait du bénévolat pour « AMCES » un organisme qui, entre autres, recueillait de la nourriture et des vêtements pour les personnes défavorisées. En 1991, je mis sur pied l’organisme « Quilles Rencontres » pour lequel j’ai fait du bénévolat durant 10 ans.

Vers 92-93, une maladie de la peau portant le nom de « Eczéma dermatite palmoplantaire » s'est développée. En période de crise, je dois me déplacer avec des béquilles, car cette maladie n’a fait qu’aggraver l’état de mon pied gauche. Et voilà qu’en 1993, mon médecin m’arrête de travailler parce que mon état s'envenime. Je dois me déplacer avec une canne jumelée à une prothèse à la jambe gauche pour les longs déplacements. En 2003, j’apprends que le mal est entrain de se jeter dans l’autre hanche. J'ai énormément de difficulté à marcher en plus de ne plus pouvoir me déplacer sur de longues distances.

J'ai continué, toutefois, de m’occuper de mon bébé « Quilles Rencontres » jusqu’en 2001. Par la suite, j'ai dû cesser mon implication puisque mon état de santé ne me permettait plus de gravir les escaliers pour me rendre à la salle de quilles.

Aujourd’hui, je n’ai plus la capacité de travailler. Je ne sors presque plus, mais je continue de faire un peu de bénévolat en faisant de l’écoute active et en référant les gens aux organismes du milieu pouvant leur venir en aide.

Je suis et resterai toujours une femme de défi. Ma tête  bourdonne de projets, mais il n'est pas facile d'avoir accès à une aide financière qui permettrait de les réaliser. Je dois vous avouer que ce n’est pas toujours facile, pour une femme de public, de ne plus pouvoir travailler et de rester isolée à son domicile.

Pour terminer, je ne peux passer sous silence l’agression dont je fus victime en décembre dernier. J’ai été battue violemment (coups de poing à la tête et aux épaules) par une personne dont je ne peux dévoiler l’identité . Elle m’a poussée, je suis tombée et je ne pouvais plus me relever. La personne a quand même continué à me frapper. J’ai crié, mais personne ne m'a entendue.

Comme répercusions à cet acte gratuit et crapuleux: lunettes brisées, contusions internes multiples, bronchite, pneumonie, crises d’hyperventilation, anxiété. Je ne peux plus rester seule dans mon appartement plus de trois à quatre jours consécutifs sans que les crises d’anxiété ne recommencent.

J’ai porté plainte, mais celle-ci a été rejetée un mois plus tard étant donné qu’aucun témoin n’était présent au moment de mon agression. Je trouve notre système judiciaire fragile et inadéquat. Il n’a pas su répondre à mes besoins. Les blessures physiques guérissent petit à petit, mais moralement, c’est très difficile et cela ne s’oubliera jamais. Il faudrait que je prenne un avocat, mais je n'en ai pas les moyens.

Si je puis me permettre, je crois sincèrement que tout acte de violence, quel qu’il soit, doit être dénoncé publiquement. Malheureusement, ce sont, dans la majorité des cas, les personnes démunies et faibles qui doivent en subir les conséquences et les désagréments. Dans mon cas, il apparaît que je n’ai aucun recours puisque mon agresseur vit de la sécurité du revenu.

Soyez sans crainte, je ne baisse pas les bras et je continue de me battre pour essayer de faire de chaque journée un moment rempli d’espoir pour moi et mon entourage.

Au plaisir de vous voir ou de vous rencontrer prochainement!

Prenez soin de vous!

Carmen Dugré


Carmen Dugré